Dès l’annonce de l’exposition, une inquiétude est née dans nos esprits : l’angoisse du nombre. Du nombre de visiteurs qui rendrait la visite chaotique, et dans laquelle il ne serait possible de voir les tableaux qu’en piétinant et qu’après avoir attendu patiemment entre chaque œuvre, des heures durant. Cela montre au moins une chose : l’intérêt et l’affection unique dont jouit toujours Léonard de Vinci. Affection qui continue de grandir, comme l’a encore montré la vente récente du Salvator Mundi.

Pourquoi fallait-il braver le flot de visiteurs ? Voici trois éléments de réponse, au-delà de l’intérêt de voir des œuvres originales.

Tout d’abord pour constater que Léonard de Vinci n’a que rarement travaillé en tant que peintre. Ingénieur militaire pour les Sforza, ingénieur civil à Venise, autopsiste à Florence, il exerçait également en tant qu’astronome, philosophe, mathématicien, compositeur, botaniste, poète, zoologiste… L’artiste était expert dans chacun de ces métiers.

Léonard faisait partie des dernières générations en mesure de s’intéresser et maîtriser toutes ces spécialités. En effet, le savoir ne cesse de s’étendre, et le champ de la connaissance est aujourd’hui tel qu’il impose des spécialisations toujours plus précises pour devenir un expert.

Cette exposition est donc un panorama, une photographie des connaissances et de la recherche au XVème siècle.

De ce premier constat découle le deuxième intérêt de l’exposition : les visiteurs sont témoins d’un monde dans lequel le savoir scientifique est encore accessible. Les choses qui nous entourent sont toujours à comprendre, et nous nous posons les questions qui étaient celles de Léonard.

L’on s’intéresse, avec des yeux presque enfantins, à la façon dont vole une mouche drosophile, que l’on compare à la façon dont vole le faucon.  Mais également à des problèmes scientifiques : on se demande si Léonard avait raison lorsqu’il conteste la règle de division d’une fraction par une fraction alors en place. On regarde notre avant-bras, en scrutant les études anatomiques pour vérifier s’il est toujours constitué de la même façon. On apprend à regarder un drapé et l’on s’étonne de leur géométrie.

Ces phénomènes et considérations sont simples, et sont depuis longtemps expliqués, Léonard nous permet de nous en étonner de nouveau.

Troisième spécificité de l’exposition : sur toutes les lèvres, on peut lire « C’est tellement bien fait », et dans tous les yeux on peut voir l’admiration. On n’imagine pas entendre quelqu’un chuchoter « Ah non, ça j’aime pas ». Il n’est pas question d’aimer ou non le travail de Léonard, il y a un consensus sur sa beauté, il n’est presque plus question de style. Que l’on ait 8 ans ou 80, que l’on soit français ou australien, Léonard fait rêver.

Quel autre artiste classique, moderne, contemporain ou actuel peut se vanter de plaire à tous ? Quelles autres expositions attirent autant de générations différentes ? Autant de nationalités ? Aucune probablement, et c’est paradoxal : l’esprit le plus brillant est aussi le plus universel.